Ce qui nous hante, ce qui nous lie : comment exprimer l’indicible ? – Retour sur la 13e édition

9 et 10 juillet 2026

Au cœur de cette édition, le questionnement s’impose comme moteur essentiel : questionner le monde, questionner les œuvres, questionner nos certitudes.
Le mal, la mort, les traces du passé, la famille et les relations en son sein, la parole « empêchée » : autour de cinq œuvres théâtrales, ces Rencontres offrent l’opportunité d’explorer collectivement ce qui nous hante et ce qui nous lie en abordant la question de l’indicible. Dans l’esprit du Festival d’Avignon, ces échanges invitent chacune et chacun à exercer librement sa curiosité, pour ne jamais cesser de s’interroger.

Retrouvez la brochure des 13e Rencontres Recherche et Création



Ouverture

Interventions de : Tiago Rodrigues, directeur du Festival d‘Avignon et Claire Giry, présidente-directrice générale, Agence nationale de la recherche

Comment représenter le mal ?

Notion aux multiples facettes dont la catégorisation peut être discutée, le mal et les enjeux liés à sa représentation feront l’objet de cette session. Si le langage est souvent communément pensé comme impuissant à rendre pleinement compte des multiples manifestations du mal, il s’agira notamment d’interroger la réalité de cette supposée « indicibilité » en faisant dialoguer histoire, philosophie, littérature et création théâtrale. À partir de leurs réflexions ou domaines de recherche respectifs – génocide des Tutsi au Rwanda, crimes de masse et théories de la justice, littérature contemporaine avec un focus ici sur Roberto Bolaño, exploration du rapport qu’entretiennent les artistes avec le mal – deux chercheuses, un chercheur et le metteur en scène sonderont ensemble, et avec le public, la question de la représentation du mal.

Avec la participation de : Julien Gosselin, metteur en scène de Maldoror
Emmanuel Bouju, professeur des universités, littérature générale et comparée, Université de la Sorbonne Nouvelle
Hélène Dumas, chargée de recherche, histoire, CNRS
Isabelle Delpla, professeure des universités, philosophie, Université Jean Moulin Lyon 3

Animation : Sylvaine Guyot, professeure, littérature française et études théâtrales, New York University

Comment se dire adieu ?

Introduction par : Emmanuel Ethis, délégué interministériel à l’éducation artistique et culturelle, Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace

Mémoires hantées par le traumatisme d’un massacre sur une île sud-coréenne, maisons hantées par des morts qui refusent de tenir en place : les traces du passé et les relations entre les vivants et les défunts seront au cœur de cette session.

L’écriture de Han Kang et son adaptation théâtrale proposée cette année au Festival offrent un point de départ parfait pour explorer l’entrelacement de l’intime et de l’Histoire. Anthropologue, historien, metteuse en scène et dramaturge évoqueront ce que devient le cadre habituellement familier d’une maison dans le contexte de diverses situations de hantise, l’histoire de la Corée du Sud ainsi que le traitement des multiples régimes d’écriture de l’Histoire, et l’expérience théâtrale comme lieu de travail collectif où le traitement historique n’empêche pas l’approche autobiographique. Il sera également question des défis qui entourent l’adaptation d’un ouvrage éminemment poétique.

Avec la participation de : Daria Deflorian, actrice, dramaturge et metteuse en scène de Che dolore terribile è l’amore
Eric Vautrin, dramaturge

Communications scientifiques : « Sans séparation » Han Kang avec, contre ou sans les historiens de la Corée ?
Par Alain Delissen, directeur d’études, histoire, EHESS

Habiter / hanter. Fantômes et domesticité
Par Grégory Delaplace, directeur d’études, anthropologie, EPHE

Animation : Elsa Courant, chargée de recherche, poésie et histoire littéraire du XIXème siècle, CNRS
Grégoire Mallard, directeur de recherche et professeur, anthropologie et sociologie, Institut de hautes études internationales et du développement, Genève

L’hors-présence met en scène une fratrie venue assister aux derniers instants de l’une des leurs. Face à cette expérience bouleversante et cette présence qui se dérobe, comment dire les choses lorsque les mots sont galvaudés ? Quelle place vient occuper le non-dit ?

En convoquant les études littéraires et cinématographiques ainsi que la psychologie et la psychanalyse et en les faisant dialoguer avec le processus de création théâtrale, cette session interrogera les limites du langage et de ce que l’on peut s’autoriser à exprimer, les phénomènes intrinsèquement liés de fascination et de répulsion suscités par la mort, le crédit à accorder aux détails et à la question du regard ainsi que les dynamiques de présence/absence. Le « hors-champ » et sa puissance active, le deuil et l’importance des cérémonies funéraires, les relations complexes et les tensions au sein d’une fratrie qui affleurent aux portes de la mort sont autant de thèmes qui seront abordés lors de cette session et discutés avec le public.

Avec la participation de : Tiphaine Raffier, actrice, dramaturge et metteuse en scène de L’hors-présence ou Chimères du pays de Morsan

Communications scientifiques : Faut-il sauver la mort ? L’absence définitive et universelle est non substituable
Par Marie-Frédérique Bacqué, professeure des universités, psychopathologie clinique, Université de Strasbourg

Hors-champ : sculpter le non-dit
Par Marie Kondrat, professeure, littérature générale et comparée, Université de Lausanne

Animation : Sabine Forero-Mendoza, professeure des universités, esthétique et histoire de l’art contemporain, Université de Pau et des Pays de l’Adour
Tiphaine Karsenti, professeure des universités, études théâtrales, Université Paris Nanterre

Histoires de famille

La perception du monde qu’ont les enfants constitue une matière riche susceptible de nourrir travaux de recherche et œuvres théâtrales.

Deux chercheuses en sociologie politique et histoire et une metteuse en scène formée en philosophie avec les enfants s’intéresseront ici à la façon dont il est possible de recueillir et de travailler à partir de la parole des enfants sans la trahir, aux réalités multiples que la notion de famille peut recouvrir, à ce que la migration fait à la famille et aux expériences d’exil et d’accueil vécues durant l’enfance.

En s’appuyant sur les méthodes et concepts propres à leurs disciplines, les intervenantes se pencheront sur diverses questions : comment dépasser les principaux obstacles à l’enquête auprès d’enfants ? En quoi l’origine sociale des enfants et leurs parcours influent-ils sur la transmission de la mémoire familiale ? Que signifie faire famille ? Comment amener le jeune public à s’interroger et à ouvrir son imaginaire ?

Avec la participation de : Muriel Imbach, metteuse en scène de Nous ou le paradoxe du hérisson

Communications scientifiques : L’enfance comme lieu où la grande histoire devient expérience vécue
Par Audrey Célestine, maîtresse de conférences, histoire et sociologie politique, New York University

Comment recueillir la parole des enfants ? Retour sur deux enquêtes sur la socialisation politique enfantine
Par Julie Pagis, chargée de recherche, sociologie politique, CNRS

Animation : Anne Besson, professeure des universités, littérature générale et comparée, Université d’Artois
Frédéric Sawicki, professeur des universités, sciences politiques, Université Paris I Panthéon-Sorbonne

Parce qu’il peut être un formidable outil de résistance, d’émancipation, voire de réparation identitaire, le théâtre joue un rôle important pour la communauté sourde.

En discutant de l’œuvre révolutionnaire Le regard du sourd de Robert Wilson qui a substitué l’image au logos, de la création contemporaine Mon Frère, des spectacles fondateurs de l’International Visual Theatre (IVT) – [ ], ] [, 1×80, créés entre 1978 et 1980 – ainsi que de l’histoire et des enjeux actuels de l’IVT, chercheuses et artistes proposeront une inversion des perspectives traditionnelles. Et si c’était la personne étiquetée comme « différente » qui pouvait aider celle qui se croit « valide » et mettre en partage des recettes de résistance ? Et s’il s’agissait non pas de chercher à guérir la personne sourde mais la société de ses automatismes perceptifs ? Cette session s’intéressera à la création de nouveaux langages scéniques et interrogera le rôle du théâtre dans la déconstruction des préjugés.

Avec la participation de : François Gremaud, auteur, comédien et metteur en scène de Mon Frère
Christian Gremaud, comédien
Jennifer Lesage-David, autrice, metteuse en scène, réalisatrice et codirectrice de l’International Visual Theatre

Communications scientifiques : Le Regard du sourd de Robert Wilson : un théâtre d’images
Par Emeline Jouve, professeure des universités, littérature et théâtre étatsunien, Université Toulouse 2 Jean Jaurès

De l’art comme forme de résistance et de réparation identitaire : aux origines de l’International Visual Theatre (IVT)
Par Andrea Benvenuto, maîtresse de conférences, philosophie, EHESS

Animation : Patrick Boucheron, professeur des universités, histoire, Collège de France
Laurent Lombard, professeur des universités, littérature italienne contemporaine, Avignon Université