Corps en Scènes – Retour sur la 1ère édition

Les « Rencontres Recherche et Création » se sont tenues les 9 et 10 juillet 2014. Anthropologues, historiens, philosophes, sociologues, linguistes, chercheurs en art, littérature, théâtre, sciences cognitives et neurosciences, ont dialogué avec des artistes du Festival et exploré le processus de création et de réception des œuvres. Des extraits de films ethnographiques ou de danse ont alterné avec les interventions des scientifiques et des artistes. Près de 400 participants ont assisté aux échanges.

Le détour par les danses initiatiques en République de Guinée ou par les pantomimes représentant les récits mythologiques dans les théâtres de l’empire romain, a permis d’interroger le spectacle comme expérience sociale, comme moment singulier de « faire société » et d’explorer la frontière entre performance et théâtre. En mettant des mots sur les perceptions du corps, l’expression littéraire, les arts de la scène et les arts visuels contribuent à identifier des sensations nouvelles. Les approches en littérature, en histoire, en neurosciences concourent à l’analyse des formes de perception qui sont en jeu dans l’expérience artistique.

Qu’il s’agisse des rituels d’initiation dans les sociétés africaines, du théâtre grec ou des performances contemporaines, le spectacle a été analysé comme expérience à la fois individuelle et collective, émotionnelle et sensorielle, politique et sociale. Au-delà du partage d’expérience, l’art du récit a été envisagé comme une pensée en acte qui met en jeu nos valeurs.

Le programme était organisé autour de 4 grands thèmes :

Rituel, corps, performance

Les danses des rituels d’initiation, des cérémonies familiales, des fêtes, ou encore les danses mimétiques du théâtre antique ont en commun de montrer le rôle central du corps et de la gestuelle, pour incarner les identités des individus, l’organisation sociale, les récits mythologiques.

La représentation et la parole s’inscrivent dans les corps. L’expérience émotionnelle et artistique mobilise tout à la fois le corps et des interactions sociales.
Ces exemples lointains permettent d’interroger le rôle du spectacle contemporain qui, s’il apparait souvent dégagé de fonction religieuse, constitue néanmoins un moment particulier de « faire société » et « d’être là ensemble ». Ce détour permet aussi de réinterroger la distinction entre théâtre représentatif, – décrivant un temps, des lieux, des évènements et des personnages en référence à une réalité – et la performance se déroulant dans le temps présent.

Avec la participation de : Nadia Beugré, chorégraphe et de Sandrine Maisonneuve, danseuse, Laurent Gabail, anthropologue, Centre d’Etudes Africaines, Université d’Oxford, Ruth Webb, professeur de langue et littérature Grecque, Unité Mixte de Recherche « Savoirs, texte et langages », Université de Lille 3, Beatrice de Gelder, professeur, psychologie et neurosciences, Laboratoire de neurosciences cognitives et affectives, université de Maastricht et Université de Tilburg , Philip Auslander, professeur, School of Literature, Media, and Communication, Georgia Institute of Technology et Helene Neveu Kringelbach, anthropologue, chercheur associée au Centre d’Etudes africaines, Université d’Oxford

Le spectacle comme expérience individuelle et sociale

Le spectacle vivant engage le corps des danseurs, des comédiens, mais aussi celui des spectateurs ; attention, émotion, sensation ou perception du temps et des durées sont simultanément activées par les gestes et par le récit.

En mettant des mots sur les perceptions du corps, l’expression littéraire, les arts de la scène et les arts visuels permettent d’identifier des sensations nouvelles. Les approches en littérature, en histoire et en neurosciences permettent d’analyser les formes de perception qui engagées dans l’expérience artistique.

Avec la participation de : Arkadi Zaides, chorégraphe, Sandrine Maisonneuve, danseuse, Lutz Jancke, professeur, département de psychologie, Université de Zurich, Franck Vidal, professeur, Laboratoire de neurosciences cognitives CNRS, Aix Marseille Université, Guillemette Bolens, professeur de littérature anglaise et comparée, Université de Genève, Georges Vigarello, philosophe, directeur d’études à l’EHESS, membre de l’Institut universitaire de France

Fiction et narration : expérience de pensée et expérience politique

Le rôle du récit, de la fiction comme support permettant de faire l’expérience des émotions d’autrui ou de transmettre l’histoire des sociétés a été au centre de la 2ème journée.

L’émergence de la langue chez l’homo sapiens permet à la fois le développement d’organisations sociales complexes et la transmission de savoirs ou d’innovations. Elle permet aussi la création de récits, la capacité de partager son expérience avec autrui et de concevoir des univers imaginaires. Ces différentes fonctions sont à la base de l’émergence d’un être humain social et de la transformation des cultures. Les formes du récit, la fiction peuvent ainsi être analysées comme supports permettant l’expérience des émotions d’autrui ou encore comme moyens pour les sociétés de se raconter et de transmettre leur histoire. Des exemples issus du théâtre grec, de Shakespeare et du théâtre contemporain montrent comment la fiction se saisit de l’histoire et de l’actualité et comment elle constitue un moyen de saisir le monde et de questionner le politique, d’exercer la pensée.

Avec la participation de : Nathalie Garraud, Olivier Saccomano, dramaturges et metteurs en scène et Josse De Paux, acteur et metteur en scène, Salikoko Mufwene, linguiste, professeur, Université de Chicago, Pierre Destrée, philosophe, professeur, Université de Louvain, Romain Bertrand, directeur de recherche, Fondation Nationale des Sciences politiques, Centre d’Etudes de Relations Internationales, Science Po, CNRS, Line Cottegnies, professeur de littérature britannique, EA 4398 PRISMES, Laboratoire Langues, Textes, Arts et Cultures du monde Anglophone, Université Sorbonne Nouvelle , Anne Sophie Noel, chercheur associée au Laboratoire d’Histoire des Mondes Antiques, Université Lyon 2 et 3, Clare Finburgh, maitre de conférences en théâtre moderne, Centre d’Etudes théâtrales, Université d’Essex


Raconter les sentiments, modifier les sensibilités

Les sentiments, les émotions sont des ressorts essentiels de la dynamique tragique. Les arts et la fiction contribuent à la construction et à l’usage social des émotions, façonnant les communautés sociales ou politiques et participant à la subjectivation des individus.

Les grands rituels sociaux et politiques peuvent aussi être analysés du point de vue de leur rôle dans la production des émotions. Il s’agit aussi d’explorer comment les émotions artistiques, politiques et individuelles se nourrissent mutuellement.
Cette confrontation, ces allers et retours entre analyse du rituel et du spectacle, entre expérience des danseurs ou des comédiens et analyse en neurosciences, entre rôle du récit dans l’histoire des langues ou des sociétés et fiction permettent d’explorer des questions très fondamentales, que les recherches actuelles ne cessent d’interroger dans une perspective nouvelle.

Animation : Xavier de La Porte, journaliste à France Culture

Avec la participation de : Giorgio Barbeirio Corsetti, metteur en scène, Nathalie Garraud, Olivier Saccomano, dramaturges et Marie Josée Malis, metteur en scène, Sylvaine Guyot, professeur associé de Littérature française et Arts du spectacle, Département de Langues et Littératures romanes, Université de Harvard, Emmanuel Fureix, maitre de conférences en histoire moderne et contemporaine, Centre de recherche en histoire européenne comparée, Université Parisest Créteil Val de Marne, Alexandre Gefen, chercheur en théorie littéraire, Centre d’Étude de la Langue et de la Littérature Française, CNRS Université Paris Sorbonne

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